Depuis
novembre 2002, les entreprises doivent présenter et réévaluer chaque
année un "document unique" recensant les risques
professionnels auxquels elles exposent leurs salariés. Pour les
syndicats, l'enjeu est d'obtenir une évaluation prenant en compte tous
les facteurs de risques, y compris ceux liés à l'organisation du
travail et aux méthodes de management. C'est aussi obtenir que les
entreprises passent de l'évaluation à la prévention des risques.
C'EST
UNE TRANSPOSITION EN DROIT FRANÇAIS de la directive cadre européenne
89-92 sur la santé et la sécurité sur les lieux de travail qui
introduit, dans le Code du travail, une nouvelle " obligation"
d'évaluation des risques. Cette obligation, jusqu'ici formelle, n'était
pas vérifiée, car les inspecteurs du travail n'en avaient pas les
moyens. Désormais, au terme du décret du 5 novembre 2001, entré en
application le 8 novembre 2002, l'évaluation des risques devient une
obligation légale, contrôlable, que l'employeur doit effectuer
annuellement au moyen d'un "document unique ".
Une
formalité sans suite ou un Outil de prévention?
Il y a
ce que dit la loi, il y a ce que les patrons voudront en faire et ce que
les salariés et leurs syndicats obtiendront. Le risque n'est pas mince de
voir les entreprises s'acquitter de cette nouvelle formalité sans que des
actions concrètes soient entreprises. Cette crainte est d'ailleurs
exprimée dans la mise en garde du directeur du Cisme, organisme patronal
de médecine du travail, dans la revue Préventique de janvier 2002:
"Il ne faudrait pas que l'évaluation des risques soit une
évaluation pour l'évaluation. On aurait satisfait à une obligation qui
ne déboucherait sur rien ".
La
nécessité d'une analyse concrète des risques.
L'évaluation
des risques ne peut se résumer à un grand inventaire rempli de
généralités. L'intérêt des salariés, c'est que tous les aspects de
leur réalité de travail soient pris en compte. Dans une note du
ministère de l'Emploi et des Affaires sociales, la direction des
relations du travail fait reposer la pertinence de l'évaluation sur
" la prise en compte des situations concrètes de travail dit
"travail réel", qui se différencie des procédures prescrites
de l'entreprise. Ainsi, l'activité exercée par le travailleur, pour
réaliser les objectifs qui lui sont assignés, met en évidence des
prises de risques pour gérer les aléas ou dysfonctionnements qui
surviennent pendant le travail. [...]De fait, l'analyse des risques a pour
objet d'étudier les contraintes subies par les travailleurs et les marges
de manœuvre dont ceux-ci disposent dans l'exercice de leur activité".
Il n'y a rien dans cette conception qui soit contraire à l'idée que la
CGT se fait de la mise en œuvre du "document unique". La CGT
estime, en effet, que l'évaluation "doit prendre en compte ce qui
ressort des rapports au travail, sur le plan technique, humain,
environnemental, de l'organisation du travail et des méthodes de
management, en y intégrant la parole des salariés riche de leurs
connaissances, expérience et savoir-faire".
La CGT
en faveur d'une évaluation dynamique.
Paire
vivre cette démarche d'évaluation implique donc de l'inscrire non comme
une photo instantanée et figée des risques, mais dans une dynamique
d'évaluation - prévention à laquelle l'organisation syndicale doit
contribuer. La CGT propose ainsi différentes étapes
-
évaluation
des risques dans l'esprit décrit plus haut par la DRT, comme par la
CGT;
-
à
partir des risques mis en lumière, définir les moyens de les
maîtriser;
-
mettre
en œuvre des mesures de prévention pour donner du sens à
l'évaluation;
-
contrôler
la matérialité des modifications dans le travail visant à
maîtriser les risques;
-
évaluer
l'efficacité des dispositions prises.
Pour
ne pas rester lettre morte, le " document unique " doit inspirer
la programmation du plan pluriannuel de prévention des risques
professionnels et d'amélioration des conditions de travail, que
l'employeur est tenu de présenter au Comité d'hygiène, de sécurité et
des conditions de travail.
Chaque
année, comme le stipule l'article L 236-4 du Code du travail, l'employeur
doit présenter au CHSCT un bilan écrit de la situation générale de
l'hygiène pour l'année passée, ainsi que le programme annuel de
prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions
de travail.
Des
sanctions pénales pour rendre l’évaluation obligatoire
Le
dispositif prévu par l'article R 281-3 du Code du travail prévoit des
contraventions de cinquième classe (1 500 et 3000 euros en cas de
récidive) en cas de violation par l'employeur de son obligation de
transcrire et de mettre à jour les résultats de l'évaluation des
risques. Par ailleurs, est constitué le délit d'entrave, Si l'employeur
ne met pas le " document unique " à la disposition
des représentants du personnel. De même, s'il ne remet pas le document
à l'inspecteur du travail, l'employeur est coupable d'un délit
d'obstacle à l'accomplissement de la mission de ce dernier.